PRINCIPALES CONCLUSIONS DES RECHERCHES

L’analyse contextuelle approfondie menée par le comité directeur national et les rapports des groupes d’experts a donné lieu à l’analyse factuelle la plus exhaustive réalisée à ce jour au sujet des effets des heures de travail des résidents sur la formation médicale au Canada. Cette étude a examiné le fonctionnement actuel des heures de travail des résidents au Canada ainsi que ce que révèlent les preuves scientifiques au sujet des principaux enjeux; elle a en outre recueilli les perspectives et les opinions de résidents, d’éducateurs médicaux et d’administrateurs d’hôpital de tout le Canada sur des questions relatives aux heures de travail des résidents.

Les principales conclusions des recherches menées dans le cadre de ce processus portent sur quatre domaines d’importance :

  1. L’analyse de l’évolution des heures de travail des résidents depuis 1980.
  2. Les résultats de la recension des écrits comparant les règlements sur les heures de travail des résidents au Canada avec ceux de pays semblables.
  3. L’analyse de la documentation des six groupes d’experts.
  4. Les résultats du sondage national auprès des résidents, des directeurs de programme, des doyens aux études postdoctorales et d'administrateurs d’hôpital.

Principales constatations

Les périodes de travail traditionnelles présentent des risques à la santé physique, mentale et professionnelle des résidents. Par le passé et encore aujourd’hui dans certaines circonstances, les résidents ont dû travailler des périodes de 24 heures consécutives ou plus, et ce, sans profiter d'un sommeil réparateur. Au cœur du débat sur les heures de travail des résidents se trouvent des préoccupations concernant les répercussions négatives que peuvent avoir de telles heures de travail sur la santé physique, mentale et professionnelle des résidents.

La fatigue diminue le rendement cognitif et affecte le comportement. La documentation sur la science du sommeil convient que la privation de sommeil et la fatigue provoquent des effets importants sur le rendement cognitif et le comportement. L'incidence sur le rendement varie toutefois selon les différences entre les personnes, leur niveau de fatigue et de nombreux autres facteurs.

Un médecin fatigué n'est pas nécessairement un médecin dangereux. La sécurité des patients est primordiale dans la prestation des soins de santé. Il incombe à la profession d'assurer que tous les fournisseurs sont capables de respecter les normes de sécurité les plus élevées lorsqu'ils prodiguent des soins aux patients. La privation de sommeil est l'un des nombreux facteurs associés à la fatigue et celle-ci est l'un des nombreux facteurs pouvant affecter le rendement. Bien qu'il soit reconnu que la fatigue affaiblit considérablement le rendement cognitif et le comportement, le lien entre la fatigue, les erreurs médicales et la sécurité des soins aux patients n'est pas claire. Les heures de travail ne peuvent être examinées seules. Elles doivent être prises en compte comme étant l'un des facteurs de risque liés à la fatigue.

Il n'existe pas de données concluantes prouvant que des restrictions d'heures de travail consécutives des résidents sont nécessaires pour assurer la sécurité des patients. Des préoccupations concernant les effets de la fatigue sur la sécurité des patients ont été identifiées en tant que facteur clé des réformes des heures de travail des résidents. Cependant, de nouvelles données probantes suggèrent qu’il y a une relation ambiguë ou non concluante entre la réduction des heures de travail et la sécurité des patients. Ces données ont soulevé des préoccupations, les restrictions en matière d'heures de travail consécutives n'ayant pas présenté les effets prévus sur cet important résultat.

Les efforts visant à améliorer la sécurité des patients et à réduire la fatigue des résidents devront être exhaustifs et comprendre plus que la réglementation sur les heures de travail des résidents. Les heures de travail des résidents n’étant pas l'unique facteur ayant une incidence sur la fatigue des résidents ou la sécurité des patients, force est de constater que les initiatives concernant seulement la réglementation ou la restriction des heures de travail des résidents n'amélioreront probablement pas ces deux domaines. Une approche plus globale visant à réduire le risque lié à la fatigue et à optimiser le rendement est plutôt requise.

Il n'y a pas de données claires démontrant que la réglementation sur les heures de travail des résidents a eu une incidence positive ou négative sur le rendement académique. Les heures de travail des résidents sont des heures de formation pour les médecins et les chirurgiens en formation au Canada. D'un côté, des préoccupations ont été soulevées à propos des effets qu'ont les longues heures et la fatigue sur la conservation du savoir. D'un autre côté, les heures de travail que les résidents passent en formation constituent une expérience importante sur le plan pédagogique, ainsi que des occasions de mentorat et de supervision. Le développement des compétences exige l'utilisation et la pratique. La recherche n'est pas encore concluante quant aux effets globaux de ces deux facteurs très différents et elle est considérablement limitée par le fait que les résultats de la formation médicale sont exceptionnellement plurifactoriels. Ainsi, il est impossible de dire si les restrictions des heures de travail ont eu, jusqu'à maintenant, une incidence importante, positive ou négative, sur les résultats académiques dans leur ensemble.

Des données probantes suggèrent que, en chirurgie, la restriction des heures de travail des résidents entraînerait des résultats sous-optimaux en matière de soins aux patients et de formation. . La recherche relative à l'incidence et à la réglementation sur les heures de travail des résidents souligne des résultats différents et hétérogènes en ce qui a trait aux heures de travail des résidents dans les disciplines chirurgicales. Des préoccupations concernant les soins aux patients et la formation médicale semblent ressortir plus souvent dans les disciplines chirurgicales, les disciplines interventionnelles et les disciplines pour lesquelles l'acuité des soins aux patients est la plus élevée. Les données mettent en évidence le fait que plus de travail est nécessaire pour développer des stratégies, des approches différentes et de nouveaux modèles de soins chirurgicaux et de formation médicale dans le contexte évolutif de la réglementation des heures de travail.

La réglementation sur les heures de travail des résidents nécessite une réorganisation du déploiement des ressources humaines de la santé et des modèles de prestation de soins. Ces modifications peuvent avoir une incidence sur le système de soins de santé. Puisque les résidents remplissent le double rôle d'apprenants et de fournisseurs de soins, deux tâches complémentaires, mais distinctes, ainsi qu’un ensemble de coûts et d'avantages qui y sont associés doivent être considérés dans les heures de travail des résidents. Des modifications à la durée des heures consécutives ou au maximum d'heures travaillées entraîneront nécessairement une réorganisation du déploiement des ressources humaines de la santé et des modèles de prestation de soins. Des pressions fiscales croissantes, stables ou décroissantes sur le système de soins de santé pourraient donc résulter de ces changements. Tous les changements au système devraient être faits selon une planification et des allocations de ressources minutieuses afin d'assurer qu'ils sont conçus et mis en œuvre pour améliorer l'apprentissage des résidents ainsi qu'augmenter la sécurité et la qualité des soins. Cependant, sans une planification et des allocations de ressources minutieuses, il y a risque que la réglementation des heures de travail des résidents réduise par inadvertance la sécurité et la qualité des soins.

Le rapport final du projet est un regroupement de données probantes, de résultats, de recommandations et de paramètres qui reflètent les trois phases du projet. Cliquez ici pour lire le rapport final, Fatigue, risque et excellence : À la recherche d'un consensus pancanadien sur les heures de travail des résidents.